L'homophobie accompagne toute l'histoire de l'homosexualité.
Contrairement à ce que l'on
croit parfois, l'antiquité
greco-romaine n'était pas vraiment un âge d'or pour l'homosexualité.
Pour les hommes de l'antiquité, l'homosexualité était un prolongement
de leur misogynie, une forme de mépris pour les femmes. Elle était rarement exclusive. Socrate était
marié. L'empereur Hadrien a eu
plusieurs enfants de l'impératrice Sabine.
Certes, les
relations entre personnes de même
sexe n'étaient pas condamnées de la même manière que par les sociétés chrétiennes. Encore les rôles étaient-ils strictement codifiées. Devait être actif l'homme mûr alors que l'adolescent et l'esclave se prêtait aux plaisirs de son aîné. Un adulte jouant un rôle passif violait les règles de bonne conduite et on le critiquait souvent violemment. Ainsi à la fin du Ier siècle, l'historien romain Suétone, affirmant que Jules César avait couché avec
le roi Nicomède, écrivait qu'il s'était "prostitué" à son amant. Implicitement, l'homme qui se prête à
son partenaire se "rabaisse" au niveau de la femme. Il ne mérite pas plus de
respect
qu'elle. S'il n'a pas l'excuse de la jeunesse ou de la servilité, le passif n'est pas un homme.
C'est sans doute pour cela que l'homosexualité féminine a été, relativement, moins persécutée que l'homosexualité masculine
: elle représente un danger
moins grand pour la virilité.
L'homophobie a donc toujours existé. Les Athéniens qui condamnèrent Socrate à mort
justifièrent leur jugement par
le fait qu'il avait "perverti"
la jeunesse. Antinoüs, l'amant d'Hadrien,
était detesté à Rome.
Au Moyen âge et à l'époque de
la Renaissance, l'homophobie
n'a pas toujours la même violence. A l'époque de Charlemagne et jusqu'au XIIIème siècle, les homosexuels ne
sont pas persécutés. Un évêque
ouvertement homosexuel est même sacré à Orléans en 1098
sans que le pape Urbain II,
parfaitement au
courant, n'élève la moindre protestation.
Les évêques anglais, en 1102,
veulent que les
rapports entre hommes soient
désormais confessés. C'est une
innovation, et
la décision n'est pas appliquée, saint Anselme lui même
disant que la plupart de ceux
qui font ce genre de choses n'ont pas conscience de mal faire. Plusieurs rois, comme Richard Coeur de Lion et
Edouard II d'Angleterre, ne font pas mystère de leurs aventures masculines.
C'est à la fin du Moyen âge et à la Renaissance que
les condamnations commencent à pleuvoir. C'est
souvent à travers les registres des inquisiteurs
que les homosexuels de cette période ont laissé une trace dans l'histoire, le secret se faisant de plus en plus lourd.
En fait, l'église, voyant qu'il y avait de plus en
plus d'hommes qui fuyaient leurs responsabilités
dans ce type de relation, à interdit l'homosexualité en citant la Bible
alors qu'elle avait peur pour la natalité. Pour
ce qui est de l'homosexualité féminine, elle a été
prise en compte très tard. Les femmes étant considérée comme des éternelles mineures, il ne
valait pas la peine que l'on s'en occupe.
A l'époque de la Renaissance, la répression reprend
les schémas de pensée de l'antiquité. On punit donc moins le passif que
l'actif. Celui-ci, jouant le rôle de "l'homme" était considéré comme le
principal responsable de la relation. Lorsque les
homosexuels étaient condamnés à mort à Venise ou
à Florence, c'étaient presque toujours des actifs. Les passifs étaient
condamnés à des peines plus légères (le fouet, l'exil...).
Boucs émissaires tout trouvés, les homosexuels, ou
ceux qui sont supposés l'être, sont dans une position fragile. Dénoncer l'homosexualité de
ses adversaires politiques, parfois
à tort, est
une vieille ficèle. Jules
César en fut victime, tout comme Henri III. (
Articles sur
Henri III Henri III, une
légende rose imméritée)
Mais dans ce domaine comme dans d'autres, l'homophobie produit ses effets jusque
dans la conscience des
homosexuels, qu'elle conduit à dissimuler et à
se rejetter les uns les
autres pour écarter les soupçons ou
simplement pour sacrifier
aux conventions sociales. Le Premier ministre
anglais au temps du procès d'Oscar
Wilde, Lord Roseberry, était probablement homosexuel. De peur de perdre les élections, il n'est pas intervenu en
faveur de Wilde, qu'il connaissait
pourtant personnellement,
de peur d'être dénoncé.
L'homophobie a souvent été liée au racisme et à la xénophobie. Les "moeurs arabes" disait-on en France au
temps des Croisades, et à la Renaissance, le "vice italien". Les Anglais - jusqu'à Edith Cresson - et les Allemands seront ensuite désignés comme coupables. Puisque l'on considère que l'homosexualité ne peut
venir que de l'étranger, autant que ce soit l'ennemi héréditaire qui soit en cause...
Au XVIIIème siècle, les philosophes des Lumières, dont Voltaire, fournissent de nouveaux arguments à la panoplie homophobe. Le philosophe s'inquiète : si
l'homosexualité se généralise, les sociétés humaines vont mourir, faute de se reproduire.
Puis ce sont les arguments pseudo-scientifiques, dus à des
médecins et à des psychiatres, qui
font leur apparition, vers
la fin du XIXème siècle. Dégénérescence,
maladie mentale, les arguments s'accumulent et se contredisent. Mais qu'importe la rigueur scientifique puisque
la condamnation va de soi
: les arguments peuvent donc sans problème obéir à
la mode des
idées.
Mais au même moment, un changement
majeur se produit. Au XIXème
siècle naissent les premiers mouvements homosexuels, principalement en
Angleterre, en Allemagne et en
France. Leur influence reste
réduite, mais, à travers la littérature
notamment, elle contribue à faire naître une parole nouvelle. L'homophobie n'a plus le monopole du discours
sur l'homosexualité.
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